La Nuit des Rois

de William Shakespeare

Looking Glass Theatre

New York, NY

2011

Avec Kevin Bunge, Michael DeSantis, Charlie Gorrilla, Rob Klein, Amie Lytle, Greg McGoon, Jacob Mondry, Rebecca Nerz, Elliot Wadsworth, Jillian Walker
Assistanat Karyn Joy DeYoung

Du Moyen-Age jusqu’au début du XVIIe siècle en Angleterre, la douzième nuit de Noël, traduction littérale du titre de cette célèbre comédie de Shakespeare qui correspond en effet à l’Epiphanie, marquait la fin d’une période de festivités d’origine païenne liées aux Saturnales de l’antiquité. C’était l’occasion d’inverser tous les rôles sociaux et ainsi temporairement renverser l’ordre du monde – un cadre idéal pour une pièce sur les turbulences du désir, de l’amour et de la folie qui en émane.

Au-delà de l’atmosphère joyeuse et effervescente de La Nuit des Rois, le jeu de masques et de déguisements révèle une réflexion philosophique toujours aussi pertinente dans un contexte contemporain. Une femme qui se déguise en homme pour survivre dans un monde d’hommes et dissimuler la fragilité de ses émotions, un homme qui est amené à faire le clown dans l’espoir de s’élever socialement, et bien entendu le fou qui s’avère plus lucide que tous.

L’opposition entre la forme du masque, ou du visage que l’on présente au monde, et ce qui se cache derrière représente ici une dualité fascinante que l’on retrouve également dans le contraste entre l’éloquence et la poésie de la langue et les passions vertigineuses que cette dernière s’efforce de contenir. En transposant la pièce dans un univers hollywoodien où le glamour côtoie le ridicule, la mise en scène oscille de façon très rythmée entre la légèreté d’une farce et la profondeur du désespoir amoureux. Comme au temps de Shakespeare, l’action se déroule sur une scène presque épurée, ce qui magnifie la vitalité intrinsèque du texte.

© Photographies : Chie Morita