Machinal

de Sophie Treadwell

Wings Theatre / Zephyer Rep

New York, NY

2010

Avec Rob Azzinari, Bill Drain, Logan Ford, Tracy Jennissen, Tina Mavrikidis, David Melchionne, Anna Podolak, Yuval Segal, Tiffany Simms, Peter Zerneck
Scénographie Anastacia Spada - Lumières Eileen Goddard
Costumes Linda Hill & Katharine McKenzie
Création Musicale Claudio Marquez - Régie Emily Rolston

Considérée comme l’une des pièces phare du théâtre expressionniste aux Etats-Unis dans les années 20, Machinal est inspirée de l’histoire vraie de Ruth Snyder qui a été exécutée sur la chaise électrique après avoir assassiné son mari. En neuf scènes, cette parabole féministe retrace l’étouffement absolu d’une jeune femme pendant les différentes étapes de sa vie – son travail de dactylographe dans un bureau, son mariage dénué de passion, l’obligation d’avoir des enfants dont elle ne veut pas, l’acte désespéré par lequel elle espère pouvoir se libérer et la punition, fatale et irréversible.

Si Sophie Treadwell a composé une partition très cadencée, avec des dialogues reflétant la mécanisation du monde industriel, des personnages presque unidimensionnels et des moments d’angoisse kafkaïens, la mise en scène cherche au contraire à humaniser cet univers très sombre et froid. Malgré la descente aux enfers et le destin inéluctable de la jeune femme, la vulnérabilité du jeu insuffle de la vie dans un récit qui pourrait être abordé de façon beaucoup plus distante. Quelques touches d’humour apparaissent aussi brièvement afin d’exposer l’absurdité ambiante et alléger l’atmosphère.

Toujours dans une volonté d’adoucir les contours de ce monde très angulaire, la scénographie tend davantage vers le naturalisme que l’expressionisme, ce qui la rend un peu plus accueillante et moins inquiétante. Les costumes, stylisés mais représentatifs de l’époque, suggèrent également une certaine harmonie tandis que les éclairages, concentrés sur les comédiens au milieu d’une obscurité aux teintes bleutées qui menace de les engloutir, rappellent l’image d’un étau qui se resserre sans cesse. Enfin la composition sonore juxtapose des séquences de bruits industriels à un thème mélodique qui représente l’espoir et l’envie de vibrer qui animent la jeune femme.     

© Photographies : Kymm Zuckert